Nantes : un projet européen pour décrypter la dynamique des mécanismes de rupture des matériaux
• Le Conseil européen de la recherche est un organe de l'Union européenne chargé de coordonner les efforts de la recherche entre les États membres de l'UE. • Le Conseil européen de la recherche est également la première agence de financement pan-européenne pour une « recherche à la frontière de la connaissance », notamment via l’attribution de bourses de recherche d’excellence. • L’une de ces bourses, dites « advanced », soutient des projets de recherche exploratoire sur une durée maximale de 5 ans et avec un budget jusqu’à 2,5 millions d'euros. Elle s’adresse à des scientifiques confirmés. |
Le Conseil européen de la recherche (ERC) a annoncé le 23 juin 2026 les résultats de l'appel « ERC Advanced Grant 2025 » qui financera cette année 319 chercheuses et chercheurs confirmés et reconnus dans leur domaine, tant au niveau national qu’international, pour un montant total de 838 millions d'euros tirés du programme cadre Horizon Europe. Julien Réthoré est lauréat de l’une de ces bourses. Directeur de recherche au CNRS à l’Institut de recherche en génie civil et mécanique (GeM, CNRS/Nantes Université/Ecole centrale de Nantes), il étudiera le rôle de l’inertie dans la propagation des fissures, à l’origine de la rupture de nombreux matériaux.
Comment un matériau se fissure-t-il sous l’effet d’un choc ou d’une contrainte soudaine ? C’est la question au cœur du projet Masstick, porté par Julien Réthoré et soutenu par le Conseil européen de la recherche (ERC). Ce projet vise à révolutionner notre compréhension de la rupture des matériaux — un enjeu crucial pour des secteurs aussi variés que les transports, l’énergie ou la défense. Avec ce projet Julien Réthoré et son équipe proposent une approche inédite : et si le mouvement d’une fissure était en réalité gouverné par une équation de mouvement caractéristique des systèmes soumis à des effets inertiels ? Autrement dit, doit-on considérer qu’une fissure possède une masse pour bien décrire son mouvement à haute vitesse ? Pour le vérifier, les scientifiques vont mener des expériences innovantes, utilisant des caméras ultra-rapides et des capteurs de dernière génération pour observer la dynamique de la propagation des fissures. Le projet ne se contente pas d’observer : il vise aussi à créer des modèles prédictifs plus précis, qui permettront de mieux anticiper le comportement des matériaux face aux fissures. À terme, les résultats seront partagés avec la communauté scientifique sous forme de données ouvertes, pour accélérer les avancées dans ce domaine.
Décrire le comportement des matériaux en associant expérimentations fines et simulations numériques est la spécialité de Julien Rethoré. Il a mis en œuvre cette approche, qui offre une vision globale des phénomènes, dès sa thèse à l’INSA Lyon qui portait déjà sur la dynamique de la rupture. Après un premier post-doctorat aux Pays-Bas (TU Delft), puis un second en France, au sein du Laboratoire de mécanique de Paris-Saclay (LMPS, CNRS/CentraleSupélec/ENS Paris-Saclay), il rejoint le CNRS en 2007, au Laboratoire de mécanique des contacts et des structures (LaMCoS, CNRS/INSA Lyon). Il arrive à Nantes en 2016, au GeM (CNRS/Nantes Université/Ecole centrale de Nantes), grâce à l’appel à projet « Connect Talent » de la région Pays de la Loire qui permet de soutenir l’installation en région de leaders scientifiques de renommée internationale, porteurs de projets en rupture. Avec le projet Masstick, Julien Réthoré continue d’inventer des modèles d’avant-garde basés sur l’exploitation d’expérimentations utilisant des techniques d’imagerie et des méthodes numériques d’analyse et de simulation de pointe.